Le point de Hongrie, chevrons à 45°, c'est le parquet des haussmanniens du 6ᵉ, 7ᵉ et 16ᵉ. Posé entre 1850 et 1920, généralement en chêne massif de belle épaisseur. Le Versailles est plus rare : des panneaux carrés à motifs géométriques, qu'on retrouve encore dans certains immeubles du 1ᵉʳ ou du 7ᵉ, héritage direct des grandes demeures du siècle précédent. Les bâtons rompus, eux, habillaient les logements plus modestes du début du XXᵉ, 9ᵉ, 10ᵉ, 20ᵉ essentiellement. Les lames droites sont partout, de toutes les époques. Et le parquet à l'anglaise, lames de longueurs décalées, se retrouve plutôt dans le sud de Paris, 13ᵉ, 14ᵉ, 15ᵉ.
Ce qui change entre ces motifs, ce n'est pas seulement l'esthétique. C'est la technique de ponçage. Sur un point de Hongrie, l'angle de passage de la machine varie à chaque section. Négliger cela, c'est rayer le bois de manière irrémédiable.
Chêne, châtaignier, pin : trois comportements très différents
Le chêne représente environ 80% des parquets anciens parisiens. Dense, stable, il supporte bien le ponçage et patine admirablement avec le temps. Le châtaignier est plus tendre, on le trouve surtout dans les anciennes pièces de service, cuisines et offices. Il demande davantage de précaution à l'abrasif. Quant au pin des Landes, il était courant dans les constructions populaires des années 20 à 50, plus fragile, il nécessite une pression de ponçage réduite et une finition spécifique.
Le hêtre existe. Rare, quelques immeubles art déco. Nous l'avons croisé deux ou trois fois en quinze ans.
Dans tous les cas, nous identifions l'essence lors du diagnostic. Cela détermine directement le choix des abrasifs, la vitesse de passage, et le type de finition recommandé.
Ce qu'on fait vraiment quand on rénove un parquet
La première question que l'on nous pose, c'est presque toujours la même : combien de temps cela va-t-il prendre ? Et la réponse honnête, c'est que pour un appartement de 60 m², il faut compter entre 4 et 5 jours. Pas deux jours comme certains le laissent entendre, et voici pourquoi cela prend ce temps-là.
La préparation, un temps que beaucoup sous-estiment
Il faut savoir qu'il y a un vrai temps de mise en place avant même de sortir le matériel de ponçage. En effet, nous passons habituellement 2 à 3 heures à préparer le chantier, et cela s'explique par le fait que chaque zone doit être soigneusement protégée, les murs, les plinthes, les radiateurs, les portes. Nous calfeutrons également les passages entre les pièces, et cela implique une vérification minutieuse pour s'assurer que la poussière de ponçage ne circule pas dans tout l'appartement, et ce même avec nos équipements d'aspiration performants !
S'il y a un revêtement à déposer par ailleurs, une moquette, un lino collé, c'est à ce moment que nous l'enlevons. Il faut savoir également que nous retirons systématiquement les clous qui dépassent du plancher avant de commencer, et cela s'explique par le fait qu'un seul clou oublié suffit à déchirer une bande abrasive, ce qui occasionne une perte de temps non négligeable sur le chantier.
Les lames endommagées, toujours avant le ponçage
Lorsque des lames sont fissurées ou manquantes, il faut savoir que nous les remplaçons systématiquement avant de commencer à poncer, et ceci s'explique par le fait que poncer par-dessus une fissure ne fait qu'aggraver les choses, la fissure s'élargit, et le résultat final est compromis. Nous avons récupéré des chantiers où cette erreur avait été commise, et il faut dire que ce n'est pas simple à rattraper.
Pour le remplacement, nous utilisons habituellement des lames anciennes stockées en atelier, chêne, châtaignier ou pin selon les besoins. En effet, une lame neuve posée sur un parquet de 1920, cela se voit immédiatement à cause de la différence de teinte et de grain. Avec une lame ancienne de même essence en revanche, l'intégration après ponçage est quasiment invisible, et c'est précisément pour cela que nous maintenons ce stock en permanence.
Quant aux petites fissures résiduelles, cela se rebouche avec un mélange de sciure récupérée lors du ponçage et de colle à bois, cela donne une teinte parfaitement assortie, ce que la pâte à bois du commerce ne permet pas vraiment d'obtenir. Il faut compter environ 45 minutes par lame remplacée, ce qui fait que sur un plancher nécessitant une dizaine de remplacements, cela représente facilement une demi-journée de travail.
Le ponçage, l'étape la plus délicate
Il faut bien comprendre que le ponçage, c'est vraiment là que tout se joue, et cela s'explique par le fait que chaque passage a un rôle bien précis. Nous procédons habituellement en trois passages successifs avec des abrasifs de granulométrie décroissante. Le premier passage, avec un grain 40 ou 60 selon l'état du bois, a pour objectif d'éliminer l'ancien vernis, la cire et les taches profondes, et cela révèle parfois une couleur de bois vraiment surprenante. Le deuxième passage lisse ce que le premier a creusé, et c'est à ce moment que la teinte naturelle du bois commence vraiment à s'exprimer. Le troisième passage prépare la surface à recevoir la finition de manière homogène, et cela est crucial, car un bois insuffisamment préparé absorbe le vernis de façon inégale, ce qui donne un résultat tacheté et difficile à rattraper.
Il faut savoir par ailleurs que pour les parquets à motifs, point de Hongrie, bâtons rompus, l'angle de ponçage doit être adapté à chaque section du motif, et ce de manière très précise. Négliger cela, c'est laisser des rayures dans le sens contraire au fil du bois, et cela ne part pas.
Le rebouchage, court mais indispensable
Il faut savoir qu'une fois le ponçage terminé, nous procédons systématiquement au rebouchage de toutes les fissures et des espaces entre lames, et cela prend habituellement environ 2 heures. Ceci s'explique par le fait que sans cette étape, les fissures restent visibles sous la couche de finition, et ce même avec une finition de qualité !
La finition, trois options aux contraintes très différentes
Il faut bien comprendre qu'il existe trois types de finitions, et que chacune implique des contraintes d'entretien vraiment différentes. La vitrification d'abord, c'est la plus résistante, avec une durée de vie de 10 à 15 ans sans entretien particulier, et cela en fait la solution idéale pour les pièces à fort passage. Cela étant, sur un parquet ancien en chêne massif, elle donne habituellement un aspect légèrement plastifié que certains propriétaires regrettent une fois les travaux terminés.
L'huilage en revanche donne un rendu naturel et mat, le bois respire, les petites réparations locales sont possibles sans tout reponcer. Cela implique néanmoins une remise en huile environ une fois par an selon l'usage, et c'est un point important à bien intégrer avant de faire son choix. Le cirage, lui, est la finition la plus authentique, patine progressive, aspect chaleureux. En contrepartie, l'entretien est mensuel, ce qui fait que nous le réservons habituellement aux pièces peu sollicitées.
Dans tous les cas, nous appliquons habituellement deux à trois couches avec un ponçage intermédiaire entre chaque passage, et chaque couche nécessite 24 heures de séchage. Dès lors, il n'est tout simplement pas possible d'aller plus vite sans que cela se répercute sur la qualité finale.
La remise en état
Une fois la dernière couche sèche, nous procédons au nettoyage complet du chantier, retrait des protections, nettoyage des plinthes et des murs. Il faut savoir que nous vérifions systématiquement la finition sous plusieurs éclairages avant de partir, et cela s'explique par le fait que c'est à ce moment-là que les éventuels défauts se repèrent et se corrigent, et non pas après que le client ait remis ses meubles en place.
Vous repartez avec les conseils d'entretien adaptés à votre type de finition et à votre essence de bois, pas un document standard, mais ce qui correspond réellement à votre parquet, et cela fait partie intégrante de notre manière de travailler.